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Hamlet

Adaptation de la pièce
La tragédie d’Hamlet
de William Shakespeare

Moi, Hamlet, fils du grand roi Hamlet, prince de mon royaume, je me demande : qui suis-je ? Mon père vient de mourir et en quelques semaines ma mère se remarie avec mon oncle, que je déteste. Tout mon quotidien n’est que lutte de pouvoir et jeu d’apparences. Soudain, apparaît le
fantôme de mon père ! J’apprends qu’il a été tué par mon oncle ! Je dois le venger ! Tout s’effondre, mes repères volent en éclat. Et Ophélie, la femme que j’aime, pourra-t-elle comprendre ce que je vis ? Que feriez-vous à ma place ?

Hamlet est un personnage d’une rare intelligence. Le contexte intense de sa vie l’emmène à vivre en peu de temps des expériences qui lui ouvrent les portes d’une nouvelle perception, d’un monde où la folie est le meilleur moyen de garder les pieds sur terre. Ses réflexions tout au long du
spectacle font écho à ces moments de notre vie où des situations difficiles nous emmènent à nous questionner. Hamlet, cette oeuvre écrite comme une tragédie, nous raconte l’histoire de celui qui cherche la vérité.

William Shakespeare, écrivain du 17e siècle, est un auteur dramatique universel. Ses pièces, et notamment Hamlet, sont jouées et traduites dans le monde entier. Son écriture hautement poétique mélange les codes du théâtre antique avec les questions humanistes qui naissent à son
époque. Encore aujourd’hui, ses oeuvres sont étudiées dans le moindre détail pour tenter de décoder le secret d’un succès immense. Shakespeare est un dramaturge populaire, poétique et subtil.

Pourquoi je mets en scène Hamlet ?
par David Crowhurst, metteur en scène.
La réalisation de ce spectacle doit d’abord son existence à Peter Brook, metteur en scène anglais, auteur de livres sur le théâtre et sur Shakespeare, qui m’a beaucoup inspiré, et rassuré. J’ai trouvé dans son travail les repères qu’il me fallait pour donner vie aux idées qui m’ont amené en premier lieu vers le théâtre.
Je cherche dans le théâtre le moyen de dire ce qu’il n’est pas possible de dire dans la vie.
Le théâtre me libère, je peux fabriquer les conditions idéales à mon expression. Peter Brook a dit, à propos de Hamlet, pièce sur laquelle il a travaillé à plusieurs reprises :
« Hamlet est inépuisable. Chaque décade nous en offre une nouvelle analyse, une nouvelle conception…Et cependant Hamlet demeure un mystère, fascinant, inépuisable… »
« Oubliez Shakespeare. Oubliez qu’il n’y ai jamais eu un homme de ce nom. Oubliez que ces pièces on un auteur. Pensez seulement que votre responsabilité en en tant que comédien est de donner la vie à des êtres humains ».

Ce spectacle doit aussi son existence à notre équipe. Le coeur de ce spectacle, c’est une équipe. La recherche dans Hamlet, je ne peux pas la faire seul, sur le papier. Je peux lire, me renseigner, écrire des idées. Lorsque viennent les répétitions, c’est un autre monde. L’émotion
est-elle juste ? Hamlet est-il présent, dans l’instant du jeu ?
Le théâtre est un art vivant, en mouvement. Qui est Hamlet aujourd’hui ? Nous cherchons ensemble, en essayant, en répétant, en discutant, chacun donnant son énergie pour trouver l’émotion, l’enjeu de
chaque scène qui nous semble juste à cet instant, aidés du texte qui nous relie à l’histoire.

Hamlet est pour moi un héros sans âge. Il me parle depuis longtemps.C’est un livre qui a toujours été là, dans la bibliothèque. Je ne le lit pas deux fois de la même façon. Au fur et à mesure de mes expériences, j’ai l’impression de dialoguer avec Hamlet. Il me fait part de ses réflexions. Il me dit comment lui se sort de ces situations. Souvent, dans une conversation, j’ai cité Hamlet comme on citerait une sagesse populaire. Ses remarques, ses questionnements sonnent justes. Il semble se marier avec des traditions de la nuit des temps.

La civilisation antique égyptienne me parle de la même façon. Ce sont pour moi des langages, des formes, des dessins, qui dépassent la vie humaine, qui parlent d’une chose éternelle, à l’échelle de l’immensité céleste. J’ai été très intéressé de lire la comparaison entre Hamlet et Horus, un des plus vieux personnages mythologiques, figure centrale de la cosmogonie égyptienne. Horus, fils d’Osiris et d’Isis, se bat contre Seth, son oncle, pour venger le meurtre de son père.
En 1600, William Shakespeare utilise un scénario déjà écrit, l’histoire d’un prince danois, pris dans une histoire familiale difficile, et le retravaille à sa façon pour transmettre le questionnement sur la condition humaine qui l’habite à cette époque.
Aujourd’hui, lorsque je prépare la mise en scène de Hamlet, ces mêmes questions m’habitent. Comment être moi-même ? Comment aimer ? Où se trouve la vérité ? Que valent la justice, la morale, la société, toutes les formes extérieures d’existence ? Hamlet se questionne, et ravive mon questionnement.

Dans une interview donnée lors de la sortie du film Hamlet en 1996, le réalisateur et acteur Kenneth Branagh donne une raison pour aller voir son film de 4h qui présente la version intégrale de la pièce de théâtre :
« Si vous vous mettez parfois à vous demander pourquoi vous devenez anxieux ou énervé à propos de quelque chose, si vous n’êtes pas constamment heureux dans votre vie, si vous vous demandez parfois pourquoi vous vous sentez triste sans raison particulière, pourquoi vous vous inquiétez pour des choses, si vous êtes anxieux pour quoi que ce soit, allez voir un homme qui a les même genres de questions et qui les gère à travers les mots d’un très très grand poète, et vous en sortirez inspirés. »

Cette version d’1H15 que j’ai choisi de travailler resserre l’histoire d’Hamlet pour mettre en valeur la triade Père/Mère/Enfant que je perçois au coeur de la pièce. Ces trois personnages, portés par la question, formulée seulement par Hamlet, « être ou ne pas être », accomplissent la tragédie. Tous les trois meurent en cherchant la vérité.
Le Roi Claudius, coupable de fratricide, basculera entre affirmation en négation. Il affirme « Cela doit être ainsi » pour justifier la mort du père d’Hamlet et lorsqu’il éprouve du remord il réalise l’ambivalence :
« Mes paroles s’envolent ; mes pensées restent en bas. Les paroles sans les pensées ne vont jamais au ciel. »

La Reine, la mère, l’épouse, ne peut pas autant se plonger dans le mensonge que le Roi meurtrier. Quelque chose la retient d’y croire complètement. Elle basculera entre le plaisir et la souffrance. Son fils lui rappelle ce qu’elle a été, son mari lui promet ce qu’elle pourra être. Dans un ultime affrontement avec son fils, elle verra son coeur brisé en 2 morceaux. « Oh ! rejettes-en la mauvaise moitié, et vis, purifiée, avec l’autre. » lui répond Hamlet.
Pour Hamlet, la bascule est dans tous les lieux et tous les instants. Doit-il croire le spectre, doit-il tuer le roi, doit-il écouter son ami Horatio qui veut le protéger ? Une chose seulement semble être à l’épreuve du doute : il aime Ophélie. Dans un texte lu froidement par Polonius, le père d’Ophélie, on apprend la certitude d’Hamlet :
« Doute que les astres soient de flammes ; Doute que le soleil tourne ;
Doute que la vérité soit la vérité, Mais ne doute jamais de mon amour !
Ô chère Ophélie, je suis mal à l’aise en ces vers ;
je n’ai point l’art d’aligner mes soupirs, mais je t’aime bien !
oh ! par-dessus tout, crois-le. Adieu ! »

Scénographie basée sur le mouvement circulaire et la dualité
J’ai choisi d’utiliser des mouvements circulaires pour exprimer le mouvement perpétuel. Le décor tourne autour d’un axe et divise un cercle en trois espaces : la chambre du Roi, la chambre de la Reine et la chambre d’Hamlet.
De part et d’autre du cercle sont installés deux théâtres d’ombre, qui serviront à jouer certains passages de la pièce dans l’ambiance d’un théâtre de marionnettes. Chaque chambre est décorée symboliquement pour illustrer l’état psychologique du personnage. Un portrait pour le Roi nous
rappelle qu’il donne de l’importance à son image. Le miroir de la Reine lui reflète ce qu’elle est. Elle interroge son miroir comme dans blanche-neige, pour combattre l’effet du temps sur son visage.
Hamlet a dans sa chambre une bibliothèque, marquant sa recherche, son questionnement.
Dans chaque chambre, deux portes emmènent vers les deux autres chambres, reliant les trois
personnages entre eux. Au fur et à mesure du spectacle, le décor tourne pour aller d’une chambre à l’autre, et les personnages se déplacent dans le cercle. Le Roi et la Reine ne sortent jamais de ce cercle. Hamlet, par son questionnement, y arrive parfois. L’apparition du spectre l’emmène aussi
hors du cercle.
Les éléments projetés en ombre amènent la nature sauvage dans le décor et encadrent le cercle intérieur. L’effet ombre/lumière rappelle la dualité « être ou ne pas être » et donne aussi aux personnages la condition de marionnettes.

Mise en scène et scénographie : David Crowhurst

Création lumière : Caroline Boyer

Avec : Anne-Claire Carret, Matthieu Gourmel, Gabriel Guittard et Aubin Landais